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Nordurne


Ses cheveux lui labouraient la façe...
Il vit le visage rond de Mitchka, cerné de ses cheveux lisses et noirs, ses yeux au regard doux mais fixe, traverser ses yeux à lui, puis un de ses seins, pointé dans la même direction que son visage - puis le rideau de ses cheveux lui piqua à nouveau les paupières, et Iba fut à nouveau aveuglé. Il n'entendait pas sa voix, bien qu'il lui sembla émettre comme une sorte de gémissement, seule sa respiration, comme saccadée sans accoup, lui parvenait, de l'intérieur de son être... Ses doigts frileux, en instance de ramification, effleurèrent le creux des reins de Mitchka, et il sentit sa joue contre la sienne, ses doux cheveux lisses caresser son visage crispé. Puis soudain, comme dans un coup de tonnerre, Iba fut précipité au-delà, avec violence, il s'endormit comme on cogne dans un mur.

Il se vit en compagnie de Mitchka dans le couloir, devant la porte d'entrée où quelqu'un venait de sonner - ding-dong - Iba regarda son visiteur par le judas, et à sa terreur reconnut ses propres traits : c'est lui qui sonnait à sa porte. De son visage livide et de ses yeux hagards, il fit signe à Mitchka, souriante et sereine, de jeter un coup d'œil par le judas, et juste comme elle plaçait son œil, dans un grand cri, il fut catapulté hors du sommeil.
Une phrase persistait, qu'il entendit à nouveau, avant même de prendre conscience de son éveil : "Le judas est dans la porte !".

Petit à petit, Iba recouvrait son éveil... il ré-alisa la lampe de chevet qu'il avait sans doute oublié d'éteindre, puis sa position assise dans ses draps froissés, humides de sa sueur, ses cheveux comme en désordre éternel autour de sa tête, et enfin le désert, le désert de toute la chambre... Il avait chaud... il avait très chaud, la sueur collait les draps, il se leva, tentant de démêler ses cheveux de ses doigts tremblants. Iba s'arrêta devant la fenêtre, fermée, ou malgré les volets ouverts, nulle lumière ne passait plus depuis la mort de Mithcka.
Faisant jouer la poignée, il ouvrit la fenêtre. Il aurait tant voulu se rafraîchir, sentir encore de l'air sur son visage... L'horrible bourdonnement de l'extérieur s'insinua dans sa chambre, à toute allure, le bruit envahit la pièce : Bzzzzz ! Iba referma précipitamment la fenêtre...
Le bruit qui cernait son grand lit se dispersa par dessous les plinthes...
Pas encore réveillé, ou toujours épuisé, il s'assit lourdement sur le lit, les mains entre les genoux, le dos voûté et les yeux dans la vague atmosphère de la pièce, perdus...

Depuis que Mitchka n'était plus là, il vivait dans un monde qui lui aurait semblé irréel. Mais il n'était plus en état de juger de ce qui était réel ou non, absurde ou cohérent, sa vie etait devenue un sorte d'énorme ondulation, où ondulaient sans cesse son éveil et son sommeil, sans discontinuité, tout se passait comme s'il évoluait dans le même monde, comme s'il ne s'apercevait jamais qu'il venait de se réveiller ou de s'endormir : quelle que soit la brutalité de ses chutes, il évoluait toujours dans la même sphère, opaque et sombre, éclairée faiblement d'une lumière... électrique : il était.. coincé. Sans Mitchka, il etait seul à l'intérieur de la sphère, tout signe de vie extérieure lui parvenait comme déformé...
Assis sur son lit, Iba écoutait, en regardant sans voir...
Il percevait un bruit d'une régularité obsédante, mais se refusant à tourner les yeux vers sa source, il ne pouvait l'identifier. Tic-sss-tic-sss-tic-sss-tic... Un oubli lui fit tourner la tête : le réveil, malgré tout...
Il le saisit de sa main droite, et l'amena en face de lui, il le considérait avec un étrange intérêt. Il lissa de son pouce le boîtier de laiton poli qui reflétait l'éclat de la lampe de chevet... Il vit son image déformée par le verre arrondi. Les pieds étaient en fait deux petites boules de laiton, vissées dans le boîtier. Elles n'étaient pas lisses, elles étaient couvertes de petites stries parallèles qui descendaient puis remontaient, comme une spirale, comme un serpent qui étouffe ses victimes...
Le bruit du réveil venait maintenant de sa main, au regret d'Iba qui pensait étrangement l'avoir laissé sur la table. Il le retourna et vit un petit ressort bouger à l'intérieur du boîtier inerte. Puis il considéra de nouveau le cadran. "Pauvre truc. Toujours le même cadran, les mêmes aiguilles - qui ne piquent pas - qui font toujours le même chemin tournant pour revenir là où elles sont déjà passées. Pauvre truc."
Puis d'un geste doux, il précipita le réveil contre le mur. Il retomba sur le plancher en cassant son verre. Le choc déclencha la sonnerie. Iba ne sursauta pas. Il regardait le réveil pousser son cri comme on regarde une bête sauvage, captive, agoniser inexorablement, sans rien pouvoir tenter qui ne soit vain pour la sauver. Le cri s'arrêta net. Rien ne semblait avoir bougé depuis que le verre s'était brisé dans le choc. Le réveil ne marchait plus. Il ne restait plus que du métal inerte sur le plancher de la chambre. Les morceaux du verre reflétaient fixement la lumière de la lampe. Le silence était établi dans la pièce. Dehors, la nuit était opaque, noire, pâteuse... Puis le silence se mit à bourdonner. Le réveil gisait atrocement par terre comme une hideuse cicatrice béante. Iba avait tué le bruit qui revenait par vagues dans sa mémoire (Tic-sss-tic-sss-tic-sss-tic) et les morceaux du bruit semblèrent pénétrer les morceaux du réveil, restant inertes à fixer Iba, dans le bourdonnement croissant du silence, exhortant le bruit mort à l'éternité, la revanche infinie.
Le silence bourdonnant enserra sa victime dans une fulgurante spirale : Iba s'endormi. Sommeil. Ondulation infinie. Aucune échappatoire possible.
Seul espoir : le prochain éveil.

Il marchait dans un couloir de métro, évoluant parmi d'autres gens...
Il croisa un guitariste qui chantait une chanson inaudible. Puis il entendit comme un aboiement. Une plaque d'émail lui confirma sa direction. Assis dans le couloir, le long du mur, un vieil homme, avec un chapeau sur les yeux, qui laissait dépasser sa moustache presque blanche et son menton mal rasé, semblait dormir. Devant lui un serpent lové sur lui-même dormait. De loin on l'aurait cru en plâtre tant il était immobile, et on eu dit qu'il était peint à la gouache tant ses couleurs étaient vives, et réparties si géometriquement : rouge carmin, blanc permanent, orange, jaune citron, noir d'ivoire. Mais le serpent était bien vivant : de plus près on l'entendait ronfler, on le voyait respirer. D'une main endormie, dont l'étreinte avait complètement cédé au sommeil, le vieil homme tenait un deuxième serpent en laisse. Celui-ci se dressait sur son cou, des mêmes couleurs que l'autre serpent endormi ; il aboyait avec fureur, semblant regarder les gens passer, qui, l'air de rien, faisaient un petit détour. Il aboyait. Presque mécaniquement, et ne semblait finalement tenir aucun compte des passants. Son aboiement etait rauque, comme... synthétique... Sans raison, Iba sentit son cœur se serrer. Levant la tête, il vit une autre plaque d'émail : Stationnement interdit aux colporteurs, moutons, serpents, porcs. Il gagna finalement le quai, où les aboiements s'entendaient toujours, réguliers, identiques... Les autres gens sur le quai prenaient des airs agacés, à cause des aboiements.
Puis une lumière blanche s'insinua dans les yeux d'Iba, puis fit place à une pénombre : Iba sut qu'il venait à nouveau de se réveiller. Il ne s'étira pas. Rien n'avait changé. Il n'avait même pas éteint la lumière depuis tout à l'heure. Tout à l'heure ! Quoi ! Quoi, tout à l'heure, quelle heure ? Quelle heure ? Les morceaux du réveil étaient toujours là où ils étaient tombés, mais morts, maintenant. Quel temps s'était écoulé pendant son sommeil ? Il faisait toujours nuit, certes, mais ici, il fait toujours nuit...
Assis sur son lit, Iba dût faire face à un flot soudain de désespoir. Rien de ce qu'il voyait n'était pas opaque. L'atmosphère lui pesait sur tout le corps, comme une pâte... Son visage ne bougea pas d'un trait : il ne pouvait s'octroyer le luxe du désespoir. Ce qui était devenu sa ... vie, ce brinqueballement d'une éternité à l'autre, ces chutes permanentes, sa tête cognant sans cesse les murs, tout ceci avait une raison : Mitchka.
Il lui offrait tout. Il ne voulait pas ne plus avoir que le désespoir à lui offrir. Il devait tout endurer, pour Mitchka ; pour Mitchka qui était morte.

Chuuuuuuiiii : LE VENT ! Iba entendit le vent souffler dehors. Sur les carreaux, il vit de petites taches blanches briller : des flocons de neige s'écrasaient sur la fenêtre. Il se précipita et l'ouvrit en grand : le vent se rua dans la pièce, apportant des volutes de neige dans la chambre.
Renversé sur son lit, la tête en arrière, les bras en croix, Iba riait, il riait... Puis de ses mains encore trempées de sueur, il se jeta de la neige au visage, riant toujours, le vent soufflait sans cesse... Enfin ! Enfin l'atmosphère se gazéifiait sous l'effet du froid et du vent ! Enfin bouger ! Il faut que je sorte ! Quelle heure est-il ? Qu'importe ! Il faut que je sorte !
Précipitamment, tout excité qu'il était, il s'habilla en hâte, riant toujours... Il enfila ses chaussures qu'il négligea de nouer... Ses cheveux lui volaient devant les yeux... puis il couru vers la porte (sans avoir éteint la lumière). Il fut arrêté d'un coup, comme par un coup donné quelque part, dans un immense orchestre, sur les timbales les plus graves : des enveloppes, tombées de la boîte aux lettres, gisaient sur le paillasson. Iba prit subitement conscience du fait qu'il n'avait pas fermé la fenêtre, ce qu'il s'en fut faire, calmement, perplexe, comme craignant... quelque chose... Il revint à la porte : il avait bien vu : les lettres étaient toujours là. Qui donc pouvait bien lui écrire ? Mitchka était morte, n'est-ce pas ? Alors d'où viennent ces lettres, de qui viennent-elles ? Qui ?
Il resta un moment à les considérer, avec une sorte de dégoût melé de crainte... Puis sans hésiter, il les poussa doucement du pied contre le mur..., et sans plus attendre, surtout, il ouvrit la porte et la referma derrière lui.
Il ne s'attarda pas, et tout en courant dans l'allée du jardin qui menait à la rue, il remonta le col de son manteau sur son cou, et fourra les mains dans ses poches, en rentrant la tête dans ses épaules.
La bourrasque persistait. Mais le vent n'était plus là : seul subsistait un violent courant d'air qui lui fouettait le visage de minuscules particules de glace. Remontant la rue, remontant le vent - refusant de se résigner - Iba se dirigeait vers le port.
La neige tombait avec fureur, la rue était entièrement blanche, déjà, quoique ses pas missent les pavés de la rue à nu.
Toutes les maisons semblaient mortes, ou en léthargbie, amorphes, retranchées derrière les allées qui mènent de la porte de la clôture de leurs jardins à la porte d'entrée. Les arbustes qui fleurissent l'été étaient taillés court à cette époque de l'année, et la neige qui les recouvrait semblait leur être comme un linceul glacial, tant leurs formes amputées avaient l'air mortes, figées, tendues vers le ciel, et crispées dans une position qu'elles n'auraient pu quitter même pour mourir. C'était là la première neige de l'automne, qui tiendrait jusqu'au milieu du printemps. Ici, l'hiver commence en automne...

Au bout de la rue, le port ; au bout du port, la mer ; au bout de la mer, la lune venait de se lever, sous les nuages chargés de neige, elle semblait regarder la rue, en enfilade. Sa lumière faisait briller les flocons, et le linceul des plantes dans les jardins. BLANCHE ! La pleine lune était d'un blanc immaculé, que ne rayaient pas les flocons, qui tombaient de plus en plus gros, de plus en plus vite. Sur l'horizon, la lune était énorme, et blanche : sa lumière était de glace... Iba parvint au port. Les vagues explosaient sur l'unique jetée de pierre, lançant des éclairs ternes à l'égard de la lune, qui se chargeait de les geler de son affreuse lumière.
Le port n'était en fait constitué que par une petite baie, où on avait construit une petite jetée, qui permettait, par temps calme et marée haute, de débarquer sans l'intermédiaire d'une prame. Le vent s'engouffrait directement dans la baie : elle n'aurait pas pu être plus mal abritée de ce vent-là. Mouillés à quelques encablures du rivage, les bateaux faisaient tous face au large, montant, descendant au gré des vagues, où parfois ils enfournaient leur étrave, lançant vers la lune des embruns ardents...
Le vent hurlait dans les grééments, et Iba crut distinguer la plainte de son bateau, mouillé parmi les autres, et dont le mât oscillait brutalement sous les assauts des vagues qui balayaient régulièrement le pont, s'insinuant à l'intérieur, l'inondant, l'emplissant, le coulant à petit feu, sans qu'Iba, apparement impassible, ne bouge un seul des muscles de son visage que giflaient en permanence des milliers de flocons...

Il ne pouvait rien faire pour l'instant. En admettant qu'il puisse mettre une prame à l'eau, il ne pourrait jamais remonter le vent jusqu'à son bateau. Il ne pouvait compter que sur le soin qu'il avait mis à boucher autant que possible les entrées d'eau éventuelles. Il en était maintenant sûr : il entendait clairement le hurlement de son bateau parmi les autres... Il tourna la tête sur la droite, vers la plage : les prames avaient été hissées et retournées en haut des galets, hors d'atteinte des vagues qui déferlaient en gros rouleaux. Elles commençaient à accumuler la neige.
Iba ne bougeait pas. Absolument pas. "À quoi bon bouger ?". Qu'il bouge ou non, il ne pouvait qu'être le témoin de sa propre impuissance. Il ne pouvait rien faire. Il ne pouvait rien faire. Alors il refusait de bouger, ne serait-ce que pour dissiper le froid que la neige lui plaquait sur les jambes et les cuisses, dans le cou et sur le visage. Il refusait de bouger, seul témoin qu'il ne pouvait qu'être de la souffrance de son bateau, souffrance séparée de lui par... un océan.
Montant, la lune se dissipa derrière les nuages qui couraient, affolés par la tempête naissante, les teintant de gris pâle..., puis de gris foncé..., puis de noir.
Au pied de la jetée, la neige phosphoresçait en tourbillons de plomb. Iba ne quittait pas son bateau des yeux, dont la coque vernissée lui semblait être la seule du mouillage à avoir retenu l'éclat de la lune...
Un pétrel croisa le mât du bateau, les ailes largement ouvertes, il était passé à toute vitesse, en glissant...
Puis à l'infini des yeux d'Iba, quelque chose bascula. L'horizon se fit plus noir et la neige plus fine, le vent diminua d'intensité, et devint nul. La neige disparut à l'infini........................
Une lueur verdâtre émana de l'horizon rectiligne, et sur le vert pâle se détachait une forêt, une forêt inconnue, faite d'arbres plantés par les branches, dont les racines se ramifiaient vers le ciel... Sur les racines, noueuses, tout comme le tronc des arbres, des centaines d'oiseaux noirs étaient perchés, absolument immobiles. La lueur vert pâle sortait toujours de l'horizon, augmentant d'intensité. Le ciel semblait lisse. Un arbre était légèrement - presqu'insensiblement - plus haut que les autres. Ses racines ne portaient qu'un seul oiseau noir, de profil.
Puis soudain, inexorable, un astre d'un vert pâle lumineux et lisse s'extirpa de l'horizon, avec une douceur infinie, dans une lente et inépuisable ascencion..., l'astre était né derrière l'arbre le plus haut. Toute la forêt baignait dans une atmosphêre vert pâle... L'arbre le plus haut contrastait violemment sur l'astre lui-même... Quand l'oiseau qu'il portait dans les racines fut au centre de l'astre, il poussa un cri rauque et bref, à peine audible, tant le vert pâle était doux aux yeux d'Iba, et dans un grand bruissement d'ailes, tous les oiseaux noirs s'envolèrent vers la partie du ciel toujours noire...
Un éblouissement aveuglant pénétra les yeux d'Iba. Ses yeux reconnurent le port, la neige, l'horizon démonté, il réentendit le vent, perçut à nouveau le froid qui lui serrait le visage. Derrière lui, il vit un banc, où il s'assit, face à l'horizon. Son bateau était toujours là, hurlant sa misère au bout de sa chaîne...
Dans le ciel, des nuages terrorisés fuyaient vers l'intérieur des terres.

Iba remarqua que les petites flaques d'eau au pied du banc gelaient. Une espèce de croûte de neige se formait sur lui. Il voyait des flocons briller dans ses cils. Puis la neige se fit plus dense, il ne voyait plus clair, ça l'aveuglait complètement. Il ferma les yeux. Tant qu'il sentirait la neige sur ses paupières, il ne pouvait rien faire, et il savait ce qui s'embusquait derrière elles. Il ferma les yeux. Il ferma les yeux.......... Il ferma les yeux.......... et il ne put rien faire d'autre qu'attendre. L'attente lui brûlait les paupières. Il ferma les yeux....
Il y a du vent. Je suis assis sur un banc de pierre. Je suis au port. J'attends que le vent tourne. Je ne peux rien faire. Il y a du vent. Je suis assis sur un banc de pierre. Je suis au port. J'attends que le vent tourne. Je ne peux rien faire. Il y a du vent ........................................ ..... au port. J'attends que le vent tourne. Il............... ............................................................................ ... suis au port ......
.... ... a du vent. Je suis assis sur un banc en pierre. Je suis au port. J'attends que le vent...

Iba sauta sur ses pieds. Ses yeux écartèrent leurs paupières et la neige. La neige lui gelait la joue droite depuis quelque temps déjà. La croûte de neige qui commençait à recouvrir son mamteau chut par plaques.
Le vent soufflait encore plus fort ; mais la baie, abritée maintenant, s'était calmée. Les vagues n'y déferlaient plus. Les bateaux - SON bateau - dirigeaient leurs étraves vers la pointe... étrange paradoxe...
Quoiqu'encore secoué, il n'enfournait plus. Les houles se croisaient. L'ancienne diminuait, la nouvelle naissait, mais sans aucun espoir d'atteindre la taille de la première : la pointe...

Iba mit une des prames à l'eau.
Aggripé au tableau, il guetta l'instant où il pourrait franchir les rouleaux... puis il se catapulta hors des galets, bondit dans l'embarcation et godilla nerveusement le temps de s'extraire des rouleaux. Puis il ralentit l'allure, et se dirigea vers son bateau...

... Il écopait avec le seau. Il avait de l'eau en-dessous des genoux. Il puisait l'eau dans les fonds, et la JETAIT par dessus bord. La prame amarée à l'arrière flottait haut sur l'eau, elle semblait moqueuse. Qu'importe ! Iba vidait... Il avait trouvé son rythme. Sa respiration était rauque. Il n'entendait pas l'eau tomber par dessus bord. Le sifflement du vent etait trop fort. Il vidait son bateau. Il vidait l'eau de son bateau. Il sortait l'eau de son bateau.
Il voyait l'eau qu'il lançait se contorsionner dans le vent qui semblait la brûler...
Il remplissait le seau dans les fonds, et le vidait par-dessus bord... Et le bateau se vidait... Un... Deux... Et l'eau quittait le bateau... Un... Deux...
... Un... Et Iba chassait l'eau... Deux... ... Un... Deux... ... Et le bateau remontait sur leau ...... Un... Deux...
Un... Deux... Un...
......
Un... Deux...
...........
... Et l'eau baissait dans le bateau...
... Et toute l'eau quitta le bateau...

Les vagues faisaient danser la coque, danser le mât... La prame ne se moquait plus. Iba éclata en sanglots.

Premières lueurs de l'aube.
Son corps sombra sur une des deux couchettes, humides, tandis que son esprit se précipitait à l'assaut des vagues...
Il percutait toutes les vagues, elles volaient en lambeaux, s'insinuant dans tout son être, et refermaient derrière lui la blessure qu'il avait créée, et elles continuaient leur manège infernal, comme si elles faisaient le tour du globe pour venir se faire percuter, le percuter à nouveau, trempé, gelé qu'il était, en lambeaux, toutes puissantes qu'elles étaient, cyniques de cohésion dans leur discordance, dans leur cahos... Un affreux spectacle, un spectacle insensible à sa propre beauté, à sa propre horreur, la mer, les vagues, toutes différentes dans leurs similitudes, éternelles, insensibles, gigantesques, et lui, Iba insensé, debout au milieu de cette anti-genèse, cette apocalypse de l'enfer, avec seul droit de résister à la limite de ses forces ridicules, de son être saturé bien qu'avide, incapable de parvenir à comprendre cette énorme beauté, qu'il ne peut arriver à insinuer qu'en postulant une volonté supérieure, postulat qu'il ne peut que détruire lui-même par la suite, par simple soucis d'honnêteté, et s'affaisse alors, complètement désarmé, entièrement démuni face à l'apocalypse, ne pouvant qu'apposer sa simple résistance à cet hyperacte de..., inqualifiable...
Ultime réaction : le CRI !

Sa réinsertion dans l'éveil lui fut étrange. Il avait glissé dans le sommeil aux premiers rayons de l'aube... Il se réveillait maintenant aux derniers du crépuscule du soir... Étrange, étrange symétrie.
Le mouillage était lisse comme un miroir et l'horizon se souvenait encore du rouge du couchant... lisse comme un miroir, répercutant les deux crépuscules, matin, soir... séparés par le gouffre glauque de son sommeil... Quelque chose lui manquait, n'est-ce pas..., et tous ses gestes ne pouvaient pas ne pas tendre vers ce chaînon, ce chaînon entre la bête et le surhomme, ce pont sur l'abîme...
La baie ne se souvenait plus du coup de vent de la veille. Rien ne bougeait plus bien que l'atmosphère fut des plus fluides. Les sons semblaient pourtant s'y propager avec difficultés...
Il entama son retour à terre. La prame laissait le "V" de son sillage s'ouvrir sur le large alors que le bruit rythmique de l'aviron dans l'engoujure semblait entrainer le bras d'Iba, et non point le contraire... sans effort, en glissant, Iba gagna la côte.
Il hissa l'embarcation en haut des galets et la retourna comme elle l'était quand il l'y prit. Elle était seule épargnée par la neige, qui avait estompé celles qui n'avaient pas bougé. Iba revit alors les maisons, les rues, et le blanc de la neige... Il entendit un pas rapide sur le pavé de la jetée déneigée... Il tourna la tête comme pour voir Mitchka courir vers lui... Rien. Il n'y avait personne... Et puis pourquoi ne serait-elle pas venue avec lui sur le bateau ?
Il faisait nuit maintenant. Rien ne trahissait plus le soleil. Seules les nuances noires et pâles des nuages qui couvraient le ciel erraient sous des étoiles invisibles... Et son regard consterné s'en fut se poser sur les minuscules vagues qui venaient implorer son pardon sur la grève.

Les mains dans les poches et les bras plaqués au corps, il s'assit sur la prame qu'il venait de retourner. Il considéra la baie, la mer : tout était lisse. Aucun souffle de vent ne venait rider la surface de l'eau... "J'ai dû dormir, ça a été trop vite"... Il lui était impossible de discerner son sommeil de son éveil. Avait-il bien vu la tempête dans la baie ? Rien dans l'attitude de la baie ne le laissait supposer. Avait-il vidé son bateau qui risquait de couler ? Il flottait toujours haut sur l'eau, normalement.
Il était pourtant à peu près sur d'être actuellement réveillé. Seule lui manquait la mémoire de ses passages du sommeil à l'éveil, de l'éveil au sommeil, avec laquelle il eût pu reconstituer sa vie...
Mais qu'importe ce que j'ai fait ? Peu importe le chemin que j'ai pris, je suis là, et j'y suis, c'est sûr (c'est sûr, en effet).
Il se leva et remonta la plage, il s'en fut parmi les maisons, sur la rue qu'il avait empruntée pour venir.

On avait foulé la neige depuis son premier passage. Iba n'y fit pas attention. Il remonta le col de son manteau, la neige recommençait à tomber... Certaines des maisons de la rue avaient des fenêtres éclairées. Aucune au rez-de-chaussée, toutes au premier. Celles qui restaient sombres étaient vraissemblablement inhabitées, car à la faible lueur concédée à la nuit, Iba pu remarquer que la neige s'était accumulée devant leurs portes, et que leurs jardins étaient vierges de tout pas.
À peine un quart des maisons portaient une fenêtre éclairée, comme témoin de la vie, qui quittait cette ville, ce port qui crevait. Iba s'arrêta un moment et fixa une de ces fenêtres. Il ne vit rien que les plis des lourds rideaux blancs, rien, il ne vit rien d'autre, pas même une ombre qui eût pu se mouvoir derrière eux...
Puis reculant son regard, il quitta cette fenêtre, ne voyant plus ainsi qu'une ouverture dans la nuit, aux couleurs vagues. Où était-il ? Quelle importance... ça ne pouvait pas être pire..., ça ne pouvait pas être mieux. C'était comme ça, un point c'est tout.

Continuant sa progression dans la rue, il vit une porte ouverte sur de la lumière. Au-dessus, une petite enseigne luminesçait bravement le mot "CAFÉ", en lettres rouges. Il s'y dirigea. Le patron était derrière son comptoir, s'assoupissant. Il se redressa à la venue d'Iba. Il était gras et avait un énorme double menton entre son premier et sa chemise débraillée... Il portait des moustaches fines qui lui élargissaient encore la face, lui épataient le nez. Son œil droit était mi-clos et son sourcil tombait sur le côté. Son autre sourcil était haut sur son front, en accent circonflexe. En-dessous, son œil gauche était comme écarquillé, grand ouvert. Pour rien. Le patron était borgne, et portait un œil de verre, celui-là même qui regardait avidement les clients, alors que l'autre semblait figé mi-clos. Quelques cheveux tirés derrière sa tête lui noircissaient les tempes, et deux ou trois poils parcouraient le sommet de son crâne, d'avant en arrière.
Un client était assis dans la salle. Il était vêtu d'un costume de tissu clair, et portait des chaussures blanches. Ses cheveux étaient bruns et ondulés. Il portait la barbe, ou plutôt une espèce de bouc, avec des moustaches, mais qu'il avait dû négliger depuis quelques jours, car ses joues, théoriquement imberbes étaient envahies d'une broussaille grisonnante... Des lunettes noires étaient posées à droite de l'homme, parmi plusieurs verres vides. Il fronçait les yeux sur une feuille de papier où il écrivait, penché un peu en avant, avec application.
- Mmmh ? interrogea le patron
- Donnez-moi un Cointereau, répondit Iba.
Le patron le lui servit au bar, et il l'emporta à une table, contigüe à celle de l'homme en complet clair ; il s'assit sur une chaise de la rangée qui faisait face à la sienne.
Assis, Iba dévisagea l'homme qui écrivait en face de lui. Il vit qu'il avait posé son chapeau à côté de lui, sur une autre chaise. Un chapeau de couleur claire. Son costume était frippé, comme si depuis plusieurs nuits ("nuits" ?), il avait dormi avec ; l'aspect de son visage également, révélait que cet homme s'était négligé, ces derniers temps, et ce costume, ce chapeau, cette barbe qui devait sans doute être d'habitude minutieusement taillée, ces lunettes, confirmaient que cette négligence devait être dûe à quelque chose d'important, une tâche qu'il avait à faire, ou une découverte qu'il avait faite, déjà...

Son costume clair, qu'on s'attend à voir dans les pays chauds, tranchait ici avec le reste du paysage. Il neigeait fort maintenant dehors.
L'homme écrivait. Il écrivait doucement, avec peine semblait-il. Il semblait être quelque peu ivre. Son attitude débusquée était celle d'un homme ivre qui prend conscience du fait qu'il est débusqué, du fait qu'il est ivre, et qui essaie de le dissimuler. Il se sentait sans doute observé par Iba. Le patron et son œil exorbité ne comptaient pas.
Ce costume clair genait Iba. Il neigeait fort dehors, alors pourquoi cette intrusion de la chaleur (qui tremblait pourtant dans son costume) ?

"... mais souviens-toi que, dans notre language, Vie et Mort ne sont qu'un seul mot, de même qu'Hier et Demain, de même qu'Amour et Haine."

Et cet homme continuait de tenter à calligraphier son texte. Il avait sans doute fait le voyage de son pays... Ainsi s'expliquerait son aspect fatigué...
Mais que venait-il faire ici ? Il n'y connaissait sans doute personne... Et il n'y avait rien à voir ici. Et puis le port crevait. De toutes façons, c'était sûrement le dernier hiver de ce village. Les derniers habitants le quitteraient sûrement avant le printemps. Le café même où ils se trouvaient fermerait sans doute ses portes... Que venait-il faire ici ?
Il s'est peut-être trompé de chemin ? La route s'arrête au port...
Iba leva les yeux. Derrière l'homme, il vit son image percuter le miroir. Lui et son image se téléscopèrent. Sa surprise se mua en peur à la vue même de sa surprise, puis sa peur s'amplifia de la même manière qu'elle avait commencé... Son cœur lui serrait la gorge... Il se reconnaissait à peine... Pourtant, ses cheveux ébouriffés, son visage..., mais ces yeux, sont-ce vraiment les miens ? Quelle horreur !..
Ses yeux semblaient déserter son visage, du fait même de leur présence, ils rendaient son visage catégoriquement lisse...
Terrifiant...

"Hola joven". Iba, sans quitter ce même regard, se braqua sur l'homme au costume clair. Il lui souriait de sa bouche fermée, et lui tendait la feuille manuscrite... "Le he copiado para Usted, creo..."
Le regard d'Iba était empreint de terreur. Il dévisagea la feuille... puis l'homme toujours souriant, qui d'un mouvement de tête, l'encourageait à prendre le papier.
D'un coup, Iba arracha celui-ci de la main de l'homme, et s'enfuit à toutes jambes dans la rue, sous la bourrasque de neige qui le menait à nouveau en direction de la mer.
Il courut jusqu'à ce que ses pas fussent arrêtés par la fin de la digue, que les vagues fuyaient sous l'effet du vent qui soufflait, hurlait, de terre. Nerveusement, il cherchait son bateau des yeux..., puis l'aperçut, tout allait bien..., il oscillait doucement, calmement...
Iba se passa les mains sur le visage, aggripant toujours son papier, puis inclinant la tête en arrière, fermant les yeux, il s'enfonça les doigts dans les cheveux... Puis il aperçut la tache floue de la lune derrière les nuages, qui bougeaient lentement.
Il laissa tomber ses bras de chaque côté de son corps, et inspira profondement... La même absurdité le poursuivait sans cesse, absurde et omniprésente, comme pour prouver sa logique, qu'il ne pouvait admettre, ça lui rongeait sans cesse la gorge : Mitchka n'était toujours pas là... C'était comme un supplice, comme s'il l'attendait toujours... "Où est-elle ? Mais qu'est-ce qu'elle fiche, bon dieu !"
Puis pour endiguer ses larmes, il fit face au vent... qui les lui libéra, et il lui en fut reconnaissant.
Tout doucement, il alla s'asseoir sur le banc de pierre d'où il avait vu son bateau la dernière fois... puis sentant la feuille dans sa main gauche, il la porta devant ses yeux...

"Il se mit à s'évader il y a quelques années
... a été... depuis toujours en train de s'évader
Ignorant que ceux qui le pourchassaient avaient abandonné
L'espoir de le voir au bout d'une corde (danser)
Traqué par une meute d'yeux et un grouillement de terreurs
Alors que de sa loupe le mode à l'œil qui flambe
Indifférent à sa défence même ne le scrutant
Plus qu'au strict plus-que-passé ne perdait pas...
Pensant qu'il ne valait (même)...
le prix d'une cellule. Peut-être y aurait-il
Un scandale à sa mort. Pas plus. Certains racontent
D'étranges histoires d'enfer sur cette pauvre âme en détresse
Qui s'enfuit un jour vers le nord... "

Et puis sans même relire, le regard perdu dans le vague, Iba laissa la feuille s'échapper de ses mains, et s'éparpiller au vent..., alors que sur sa main droite tombaient les fines gouttes d'eau de ses larmes.
Une petite brise soufflait maintenant, la neige avait cessé de tomber, le vent était de plus en plus doux.

Le port semblait être la fin du monde. C'était étrange. Une route déserte pendant des kilomètres, venant d'on ne sait où, avec des lignes droites, des méandres, des montées et des descentes, des creux et des bosses, arrivait en vue des maisons, qui lui créeaient ainsi quelques ramifications, ruelles, impasses sans nom, obscures..., puis le village traversé, elle arrivait sur les pavés gris de la jetée et du quai, le port, où elle était enfin parvenue, ça n'était que des pavés gris, des milliers de pavés gris, avec des bancs en pierre, des bites d'amarrage en acier rouillé, des milliers de pavés gris assemblés méthodiquement, sur les ordres d'un absurde ingénieur, la route s'éparpillait, se répendait, plutôt, parallèlement au quai, au rivage, à la grève... bloquée par la mer, elle ne pouvait se résigner à arrêter la sa progression, son chemin, et elle exhalait une pénétrante plainte fataliste qui submergeait toujours le port à marée basse, quand les vagues ne léchaient plus la jetée...
Puis de chaque côté du port, la route se dispersait dans la lande, une espèce de buissonnement rèche, en forme de colline sabloneuse, qui se faisait roc pour plonger dans la mer, effrité... Puis comme on écarte les bras derrière son corps, d'un ample mouvement lent, la lande englobait le village par derrière la route et ses méandres, sans pourtant jamais cesser de regarder, de fixer la mer...
Le village, la route, la lande, tout cela semblait dur comme pierre, pinçant pourtant les lèvres à chaque coup de boutoir de l'océan, à chaque vague.

Iba gravit la colline de droite. Il s'arrêta à son sommet, face à l'océan, qui vaguait calmement.
Ses yeux s'enfoncèrent dans les vagues naissantes. Le vent ressucitait lentement du calme, en un tourbillon torturé. Iba n'avait aucun besoin de ses sens pour le percevoir : il ne voyait pas les vagues, ni n'entendait le vent, ni ne percevait le froid.
Il était debout au sommet de ce promontoire, engoncé dans ses épaules, les yeux perdus dans le vent, malgré ses paupières ouvertes.

Prenant petit à petit conscience d'un fait nouveau, il tressaillit sans bouger, il frémit, plutôt : on se battait derrière lui, dans son dos. Deux armées s'affrontaient sans merci, à grand fracas d'épées, de lances, de boucliers, d'armures... Les épées s'émoussaient, les lances se brisaient, les boucliers éclataient, les armures tombaient,... sans qu'aucun des guerriers vit son ardeur faiblir. Le sang couvrait leurs mains et leurs visages ... leurs cheveux leur cinglaient la face...

Iba percevait chaque coup, chaque blessure, chaque choc, comme s'il eût été chacun des milliers d'hommes à la fois.

Prêt à hurler de douleur, il fit soudain demi-tour, face au champ de bataille : désert. Il n'y avait rien. Rien, ou plus rien. Même plus aucune douleur. Il inspecta chaque touffe d'herbe, chaque monticule de sable : rien ! Ses yeux couraient dans leurs orbites, ils fouillaient le sol, le labouraient : RIEN !

Alors les battements de son cœur s'amplifièrent jusqu'à se faire entendre par chaque atome de cette lande déserte. On eut dit une horloge de tonnerre. Le bruit était gigantesque.
Iba dévalla les rochers jusqu'à la plage.
Précipitamment, il remis la prame à l'eau, et se rua jusqu'à son bateau. Soudain, il repensa aux lettres sur le paillasson de la maison. Il continua, força l'allure. Arrivé à son bord, il chassa la prame, et jeta l'aviron aussi loin qu'il le put. Vivement, il envoya les voiles, largua le corps mort, et fit voile vers le large, vers les nuages plus noirs que le ciel, porteurs du vent qui allait bientôt sans doute ravager les vestiges de ce port. Ce port qui crevait. Décidé, Iba menait son bateau contre le vent, vers la tempête. Il remontait contre ce début de coup de vent, les rafales se faisaient plus fortes, et commençaient à coucher le voilier. Iba borda encore davantage ses écoutes, et maintint son voilier au plus près. Tout son corps, tout son esprit, étaient contractés, concentrés dans les deux mains qu'il serrait autour de la barre. Le voilier transperçait les vagues de son étrave, les disploquait en embruns, bouillant de rage...

Bientôt, la côte le perdit de vue. La lune venait de se lever.


No hay nada más que escribir


Rédigé je sais plus quand (1979, ou avant...) pour la première version.
Re-travaillé à partir de 2023...